Mali: le calvaire des Étudiants d’universités publiques.

Crédit photo Fatim TouréManchettes et autres

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Quand j’ai eu le bac, j’étais alors toute excitée. Waouw je vais à l’université. Je suis maintenant majeure. Je suis une grande fille. Je m’imaginais déjà comment ça sera: Les cours avec des éminents professeurs. L’ambiance avec les autres étudiants. Le changement de décors et même de systèmes. Excitée comme une puce, j’ai tout de suite accepté d’aller m’inscrire à la faculté des sciences juridiques et politiques de Bamako. Sous les conseils avisés de mon père. Que dis-je? Je n’ai même pas eu mon mot à dire. De toute façon, à l’époque, je ne connaissais rien sur les universités de mon pays. Tout ce que je voulais, c’était d’aller dans une faculté et de me dire que je suis une étudiante. Mais sincèrement J’étais loin de m’imaginer tout ce qui m’attendait.

La dictature des membres de l’AEEM
Comme dans toutes les universités, il faut d’abord commencer par l’inscription. Evidemment, comme tout bon élève j’avais déjà tous mes documents fins prêts . Tout va bien se passer, c’est juste une inscription. Il n’y a rien de plus banale. N’est-ce pas?
Eh bien pour votre gouverne, dans les universités publiques (de chez moi) ce n’est pas aussi facile qu’on se l’imagine. Déjà dès l’inscription tu te rends compte qu’il n’y a vraiment pas de règlements.
L’inscription, tu ne la règles pas avec l’administration hein. Non non. C’est bien les membres de l’AEEM qui décident quand et comment un étudiant s’inscrit.
L’AEEM est l’Association des Élèves et Étudiants du Mali. Normalement ils sont là pour revendiquer les droits des étudiants. Les représenter dignement devant l’administration universitaire. Défendre les étudiants en cas de problèmes ou autres désagréments. Malheureusement pour nous, l’AEEM est tout le contraire de ce qu’il prétend être. Au contraire cette association est crainte par les étudiants, du fait de leur réputation peu recommandable. Ils font régner la terreur au sein de l’université par des actes de barbares. d’injustices et de dictatures.
On ne peut compter le nombre de fois où l’AEEM a agressé un étudiant.
Pour en revenir à cette histoire d’inscription. L’AEEM t’exige une certaine somme pour que tu puisse t’inscrire « dans la paix et dans la sérénité ». Tu as le choix: soit une inscription VIP avec la somme qui va avec. C’est à dire ils faciliteront tout le processus pour toi. De ton enregistrement au payement de ta quittance. ces « Bon samaritains » t’aident à en finir le plus tôt possible. Il y a aussi une inscription « classe moyenne » avec la somme qui va avec. Évidemment moins coûteuse que la première. Cette fois-ci ils t’aident à rentrer dans un rang constitué de plusieurs centaines d’étudiants. Certains de ces étudiants viennent s’inscrire depuis 4h 5h du matin avant même l’ouverture des locaux. Et ils passent souvent des semaines à répéter le même scénario.
Tant que tu payes « leur argent » tu as une place de choix dans le rang peu importe qui était là avant qui.

Les salles bondées
Apres l’inscription, nous allons prendre nos emploi de temps.
Alors notre fameuse Amphithéâtre, comment l’expliquer, euh… voyons… avec un peu d’effort je vais y arriver.
Notre salle de cours est une ancienne salle de spectacle piteuse et désastreuse.
Les chaises? Oh mais c’est pas des chaises ça: certaines sans dossiers, d’autres en très mauvais états et aucune n’a de table pour écrire. On était obligé de mettre nos cahiers sur nos pieds pour prendre notes. Pathétique!
La sonorisation? Hum n’essaie même pas de chercher à comprendre ce que le professeur dit, tu ne feras que perdre ton temps. Je me souviens qu’au début on n’arrêtait pas de se demander sans arrêt ce que le professeur disait.
Pathétique!
Le professeur en question on ne le voyait même pas très bien tellement que la salle est bondée d’étudiants. Et d’ailleurs on ne le voyait pas trop souvent. Parce qu’au lieu de venir dispenser le cours pour lequel il est payé. Monsieur avait des choses bien plus importantes à faire. Un petit stagiaire sans expérience faisait l’affaire.

Les NST Notes Sexuellement Transmissibles:
Quelques mois après la reprise, ils organisent des séances de TD, Travaux Dirigés. Ces séances de TD necessitent une petite salle de classe vu que chaque salle ne prendrait qu’une soixantaine d’étudiants. Je ne vous dit pas quelle a été ma joie en apprenant cette nouvelle. Enthousiaste je me disais Enfin je vais pouvoir être dans de bonne conditions pour bien suivre les cours. On aura le professeur rien que pour nous. Je vais participer à ma guise.
Les TD en question, on n’y apprend vraiment rien de nouveau. Déjà que le professeur nous obligeait à acheter « son livre ». Attendez! Ce n’est même pas un livre ça voyons, une brochure plutôt, dans la quelle se trouve des ramassis de quelques notions prises sur Internet(pour certains). Tous les professeurs vendaient leurs brochures avec la complicité des membres de l’AEEM . Et l’achat était faussement volontaire(Mais en réalité obligatoire). Sinon d’après eux tu n’auras pas la note du professeur concerné. Quand aux TD des fois on ne faisait rien de spécial en cours. Pour avoir les notes. Là aussi tu as le choix. il faut juste payer la modique somme de 10.000 FCFA aux membres de l’AEEM, une bonne partie de la somme destinée au professeur.
On connaît tous les MST, les maladies sexuellement transmissibles. Eh Bien, Nous, à l’université des sciences juridiques et politiques de Bamako nous avons les NST, les Notes Sexuellement Transmissibles.
Les professeurs promettent mondes et merveilles aux filles juste pour les avoir. Je me souviens il y a de cela quelques années. Un professeur a été pris en photo avec une étudiante dans son bureau dans des positions déplaisantes. L’affaire a fait scandale surtout sur les réseaux sociaux mais a été très vite étouffée par l’administration. Cette pratique n’a rien de surprenant parce qu’elle existait bien avant.

L’irresponsabilité de l’administration
A la fac de droit où j’ai étudié la corruption y est flagrante. Mais surtout l’administration est quasi inexistante s’il s’agit de mettre de l’ordre. Au contraire ils sont au courant des agissements des professeurs et des membres de l’AEEM mais aussi de certains étudiants qui ont compris que la facilité aussi pouvait ouvrir des portes.
Les professeurs dispensaient leurs cours comme ils veulent(sans méthode pédagogique pour certains). D’autres venaient quand ils veulent et comme ils veulent. Il n’y a ni contrôle ni restriction. Certains qui n’ont même pas de statut d’enseignant dispensaient les cours de Travaux Dirigés.
Le niveau catastrophique des étudiants
Côté niveau intellectuel, que peut-on attendre des étudiants d’une telle université livrés à eux-mêmes? L’autodidactisme c’est bien. Mais un apprenant sans guides sans mentors ou même sans conseillés ne peut qu’être catastrophique. Dans ce cas nous aurions pu rester à la maison avec nos brochures obligatoirement achetées qui ne servent à rien d’ailleurs. Les diplômes de ces universités ont peu de valeur(sans valeur même pour certaines structures) tout le monde sait comment ça fonctionne, du coup dès que tu t’affiches avec un diplôme d’une de ces universités on t’assimile à un vaurien . Cependant beaucoup de parents ont compris le système. Ils essayent de payer une deuxième universités privées à leurs enfants, en plus de l’université publique. Cher ou moins cher beaucoup de parents vont jusqu’à s’endetter. Quitte à y laisser tout leur sous et leur patrimoine. Selon eux c’est de l’investissement.
De nombreux professionnels(Âgées surtout) qui n’ont pas eu le niveau souhaité dans une université publique <<retournent aux bancs>> des années plutard pour parfaire leurs parcours et avoir un diplôme de plus dans une université privée.
Le laissez passer des étudiants
Si les choses s’empirent et s’enveniment c’est aussi parce que les étudiants eux même ont baissé le bras. Au contraire cette situation profite à beaucoup qui ont opté pour la facilité. Il suffirait juste de payer une certaine somme pour que ton nom apparaiss sur la liste des admis. Pas besoin de suivre les cours, pas besoin de se déplacer pour venir faire les TD(qui selon eux la présence est strictement obligatoire. Balivernes oui).
Tout cela se fait en clando mais tout le monde est au courant.

Les bourses qui ne viennent jamais à temps
La logique voudrait que les étudiants obtiennent leurs bourses tout juste au début des cours. Les bourses qui doivent servir normalement au transport, à l’achat des fournitures ou autres. Malheureusement pour nous les bourses ne tombent qu’à la moitié ou des fois en fin de l’année scolaire.
Dans ce cas, comment est ce que les plus démunis arrivent à s’en sortir? Eux qui comptent sur cet argent pour supporter toute les dépenses de l’année universitaire. La plupart s’endette jusqu’au cou avant l’arrivée de ces fameuses bourses.

Les grèves interminables
Que ça soit les étudiants ou les enseignants, tout le monde grève. Pour un oui ou pour un Non, les grèves sont devenues une pratique courante, très courante à vrai dire. Des fois c’est pour une bonne cause, mais sincèrement la plupart du temps les étudiants eux-mêmes ne connaissent pas la raison de la grève. Si on cumule le nombre de fois que la faculté part en grève, on peut estimer la moitié de l’année universitaire.

Ce n’est plus une université mais un champ de bataille
Courant Décembre 2017, une émeute éclate dans la faculté des droits privés. On assiste à toute sorte de massacres. Des bagarres. Des casses. Des affrontements entre différents clans. Suivie de plusieurs dérapages.
Bilan: plusieurs blessés et deux morts.
Suite à cette honte nationale, la police y a mené un semblant de perquisitions. Je vous laisse admirer l’arsenal de guerre qui a été déniché:

Crédit photo Fatim Touré

Armes saisies aux mains des membres de l’AEEM

Crédit photo Fatim Touré

Arme à feu confisqué

Crédit photo Fatim Touré

Armes de tous genres

Crédit photo Fatim Touré

Manchettes et autres

On se demande bien où est passée l’administration dans tout ça? Où est la sécurité? Où sont les règlements? Ne cherchez pas. Il n’y a pas de réponse.
Pour que ces genres de carnages arrivent, il ya deux grandes causes:
1. L’AEEM qui est la seule et unique association de l’université est un monde assez convoité. Le président de l’association est comme le roi de l’université jouissant de tous les privilèges existants dans la faculté. Il ne rentre pas en cours, il ne fait pas d’examen, il est toujours et incontestablement admis en classe supérieure. Il traite directement avec l’administration. Il traite des affaires douteuses avec les politiciens.
Aujourd’hui un président de l’AEEM vit mieux qu’un fonctionnaire de l’État. Il a sa propre voiture. Son salaire( si on peut le dire) et certains même construisent des maisons sur le dos des étudiants.
Ce qui fait que l’AEEM est très convoitée.
Ceci dit, pour qu’il y est un président. une soit disant élection est organisée. Des campagnes se font partout. De la mobilisation des différents partis au vote orchestré. C’est comme une vraie campagne électorale. Sauf que le président en tant que tel est élu depuis des lustres(d’ailleurs c’est partout même). Du coup vient la contestation de l’opposition et nous voilà au centre d’une guerre qui n’épargne personne. Tout les coups sont permis et bien sûr toutes les armes sont autorisées.
2. Les membres de l’AEEM entre eux ne s’entendent pas sur le partage du butin extorqué sur les étudiants. Le film se passe comme suite: un professeur avec la complicité( comme toujours) des membres de l’AEEM organise un cours spécial( le cours n’a rien de spécial je vous rassure) ce cours spécial est obligatoire pour avoir la note du professeur. Et est bien entendu payant. Ce sont les membres de l’AEEM qui s’occupent de tout. Que ça soit la salle, la liste des Élèves, la collecte de l’oseille etc… le professeur en question n’a juste qu’a honorhonoré les étudiants de sa présence. Avec le soit disant sujet de l’examen.
Après vient le partage. Le professeur empoche sa part et le reste est partagé entre les membres de l’AEEM. Là aussi il y a problème. Parce qu’ils essaient de s’escroquer entre eux-mêmes. Naissent alors le conflit du siècle. On assiste à des affrontements dignes d’un film de westerns.

Les Menaces
Au moment où je peaufinais cet article. Je reçois un message d’un frère blogueur qui me dit que l’AEEM c’est aussi de la CIA ( une sorte de mafia). Qu’elle possède une liste noire sur laquelle elle dresse les noms et adresses de ceux ou celles qu’elles veulent faire de ses prochaines victimes. L’info en question lui a été confirmé par un frère a lui. Hahaha j’en rigole là mais j’ai carrément la trouille tout de même. Qui sait? Bref tout ceci ne fait que confirmer ce que je savais déjà. Comme le dit le chanteur Tiken Jah Fakoly : plus rien ne m’étonne. Je suis au summum de ma déception. Je serais sûrement sur la prochaine liste avec tout ce que je viens de dénoncer. En tout cas si vous n’avez plus de mes nouvelles faites des investigations.(Je suis trop jeune pour m’éteindre maintenant 😂😂 une si jolie et intelligente fille comme moi 👌. Ah oui je fais mon éloge hein. C’est peut être mon dernier article. En entendant commenter et partager l’article c’est ma dernière volonté 😂)

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Sérieusement à nos jours-ci, les universités du Mali ont très mauvaise réputation.
Pour cause l’État ne s’investit pas dans le système universitaire comme cela se doit.
C’est bien de construire des nouveaux bâtiments, c’est bien d’inaugurer des salles sous le regard approbateur des médias. Mais tout cela est vain si les mauvaises pratiques subsistent. Le système est défaillant, c’est clair et net. Pourquoi l’État ne s’investit pas? Pourquoi l’Etat ne se sent pas concerné? Et bien parce que la plupart d’entre eux envoient leurs enfants à l’extérieur pour des études prestigieuses et de qualités. Ou ils leurs payent des universités privées à coût de millions. Ils ne s’intéressent guère à l’éducation publique car leurs enfants n’y sont pas. Beaucoup de ces enfants de la bourgeoisie ont déjà leur avenir garantie et assuré. Alors que la majorité des étudiants des universités publiques sont issus de familles pauvres, très très pauvres pour certains. Venu de la brousse et des régions éloignées. Ils espèrent un avenir meilleur malgré les conditions inhumaines dans lesquelles ils étudient. Certains n’ont pas de logeur dans la capitale. D’autres n’ont pas de quoi se mettre sous la dent et même le transport pour aller suivre les cours. De nombreuses filles se sont données à la prostitution clandestine dans les campus, avec les autres étudiants, avec les professeurs et même dans la ville pour survivre. Pour tout vous dire J’ai vraiment honte de l’université publique de mon pays. Honte de ce système éducatif. Honte de ce diplôme qui ne vaut rien pour bon nombre de personnes. Quand est ce que les choses vont changer? J’ai peur pour la génération à venir. J’ai peur pour mes petits frères et petites soeurs. Cet héritage qu’on leur9 laisse ne fait pas bonne figure. Ça ne fera pas le poids dans une quelconque compétition. Nous n’avons pas d’enseignement de qualité qui donne envie d’apprendre. Mais s’il y a une chose dont je suis sûr c’est que c’est les études qui vont réveiller l’Afrique.
On dit que l’aube annonce toujours le lever de soleil. Qui sait? C’est peut être le début du changement.

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À propos de l'auteur

Je suis Fatimata Toure, malienne. Blogueuse sur l'atelier des médias Mondoblog RFI. Activiste et blogueuse à Doniblog Mali. Chroniqueuse sur Wattpad. Et office assistante dans une entreprise. Écrire? C'est ma raison de vivre, l'occasion pour moi d'exister à travers mes mots. Véritable curieuse, je suis insatiablement à la conquête de nouveau savoir car à partir du moment où une personne cesse d'être en quête d'informations et de connaissances à propos d'elle-même, l'ignorance s'installe. Je suis émotive, je suis passionnée et j'ai n'ai pas honte d'aimer parce que les émotions font de nous des êtres humains. Elles nous rendent réels. J'aime vivre, j'aime exister et surtout j'aime être moi-même. Selon moi chaque être humain à dans son âme une composante forte et remplie d'une détermination qu'on ne pourrait jamais acheter. Venez découvrir le mien et surtout permettez-moi de faire partie de la votre.

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10 Commentaires

    1. Mdr Attino au moins tu as respecté la dernière volonté ohhh. Snif snif quand je pense que je dois donner au revoir à mon blog je peut pas seigneur
      Euh bon sincèrement cette histoire d’AEEM doit être revue par l’administration et même par le gouvernement.

  1. Bravo ma soeur! C’est le cas à l’Université Abdou Moumouni de Niamey àl la faculté des Lettres et Sciences Humaines UAM\ FLSH.
    C’est la honte et la décadence de nos valeurs.
    Soutien!!!

  2. Hum,l’AEEM,c’est vraiment un État dans un État.Ils font la pluie et le beau temps. Chère soeur,que ton coup de gueule soit entendu. Merci d’avoir fini ta publication avec une note positive. comme quoi, un optimiste voit de l’opportunité dans chaque difficultés. vivement, le prochain numéro!!!

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