« Je ne veux plus aller à l’école ! »

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Intriguée, je me suis levée pour regarder par la fenêtre. J’aperçois alors une petite fille de 12 ans qui pleurait toutes les larmes de son corps. Ma curiosité me guida vers cette petite fille que je ne connaissais guère. C’est alors que je lui adressais la parole :
– Hey ndogoni (en langue bambara, petite sœur) qu’est-ce qui t’est arrivé ? Qui t’a frappée ? J’avoue que ce sont les premières idées qui me sont venues en tête. Et elle me répondit avec les yeux rouges, noyés de larmes,
Je suis triste nkoro mousso (grande sœur), je ne veux plus jamais aller à l’école !

Crédit photo camerounlink
Crédit photo camerounlink

Ma réaction face à cette franchise a été de m’indigner, mais ça a aussi titillé ma curiosité.
– Pourquoi tu ne veux plus aller a l’école ? Ne sais-tu pas que l’école est indispensable ?
Elle rétorqua avec une forte colère :
Je ne veux plus aller à l’école parce que mes camarades de classe se moquent de moi tout le temps. J’ai n’ai ni sac, ni effet, ni tenue pour y aller, quand le maître m’interroge et que je vais au tableau, mes habits troués font éclater de rire dans la salle. Je n’y mettrais plus jamais les pieds !

Aussitôt, sans que je ne m’en sois rendue compte mes yeux se remplissaient d’eau, quelque chose coulait sur mon visage, ma langue touchait une substance salée qui submergeait mes lèvres, c’est là que je me suis rendue compte que je pleurais… Eh oui ! Du haut de mon statut de dure à cuire et d’aigrie sociale, je pleurais vraiment. Cette petite fille avait l’air d’une orpheline, d’une enfant de la rue.
Et pourtant ses parents étaient bels et biens vivants. Mais la situation misérable dans laquelle ils vivaient laissait vraiment à désirer.

Crédit photo Mali actu
Crédit photo Mali actu

Depuis la crise de 2012, Tombouctou (ma ville adoptive) a été plus qu’affectée, détruite et ravagée. Mais il faut aussi avouer que la ville n’était pas tellement développée. Tombouctou… La ville mystérieuse, la perle du désert, la cité des 333 saints, le patrimoine mondial de l’Unesco à plusieurs titres, est en réalité une ville abandonnée (choquant oui, mais vrai), une ville où la pauvreté règne et oblige les trois quarts de la population à vivre au dessous de la moyenne.

Crédit photo Mali actu
Crédit photo Mali actu

Cette petite fille et sa famille font partie des milliers de personnes de la région qui se sont réfugiées dans les pays voisins (Mauritanie, Algérie, Niger et Burkina Faso) ou déplacées au sud du Mali. De retour au nord, ils ont dû tout recommencer à zéro les mains vides. Problème d’habitation et difficultés alimentaires font partie de leur vie. La moitié de la ville de Tombouctou cherche d’arrache-pied son pain quotidien, s’acheter des habits ou envoyer leurs enfants à l’école est un luxe qu’ils ne peuvent pas se permettre.

Je me suis tout de suite sentie coupable d’être si bien née. Même si je n’étais pas milliardaire, le peu que j’avais ou que ma famille me donnait modestement me paraissait si grand. Je me suis senti égoïste en pensant à mon dernier achat de téléphone Samsung alors que des milliers de personnes n’arrivaient même pas à manger convenablement. Je me suis sentie mal, mal de voir des êtres humains vivre aussi misérablement, dans des conditions inhumaines . Mal de voir que notre société est hypocrite face aux vrais problèmes. Il est impensable de voir qu’en ce 21e siècle le Mali est toujours sous développé.

Où est le gouvernement ? Où est l’Etat ? Je suis révoltée, j’ai l’impression d’être en guerre avec quelqu’un, mais apparemment l’Etat a d’autres chat à fouetter. Les ONG reçoivent des fonds mais détournent plus de la moitié des dons. Quelle triste réalité pour mon Mali, en particulier pour Tombouctou. Mon désarroi face à cette situation me perturba et je descendis de mon petit nuage.

Enfin, avant que je ne finisse de rêvasser à un avenir meilleur pour toute la planète, cette petite fille était déjà partie. Je ne la revis plus. Le moins que je pouvais faire était de souffrir pour elle, compatir à son malheur, même si elle-même ne le savait pas encore, parce qu’il n’y a pas plus malheur que le fait de ne pas pouvoir étudier correctement, car le commerce le plus florissant est le commerce du savoir.

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